L’observation des requins lutins : À la recherche d’un mystère scientifique

Découvert pour la première fois en 1898 au large du Japon, le Mitsukurina owstoni fascine autant qu’il intrigue. Pourtant, plus d’un siècle après sa découverte, l’observation des requins lutins reste l’un des événements les plus rares en biologie marine. C’est un véritable fantôme des abysses qui fuit la lumière et les activités humaines.

Une des rares observations documentées d'un requin lutin.
Les captures accidentelles restent le principal moyen d’étudier ce requin mystérieux.

Un nombre de rencontres extrêmement faible

Contrairement aux espèces côtières, le requin lutin vit si profondément qu’il n’interagit presque jamais avec l’homme. Les scientifiques estiment le nombre de spécimens formellement étudiés à de très faibles niveaux, calculant toujours les valeurs sur la fourchette basse pour gérer les attentes face à cette espèce fuyante. On parle d’à peine une trentaine d’individus documentés avec une précision absolue ces dernières décennies.

La quasi-totalité de ces rencontres résulte de prises accidentelles par des pêcheurs en eaux profondes, principalement près du Japon ou de Taïwan, lorsqu’un individu remonte exceptionnellement chercher de la nourriture.

Pourquoi est-il considéré comme un « fossile vivant » ?

Cette espèce appartient à la famille des Mitsukurinidae, dont il est le seul représentant encore en vie aujourd’hui. Les fossiles de ses ancêtres prouvent que son apparence n’a presque pas changé depuis 125 millions d’années.

Survivre aussi longtemps implique une adaptation parfaite à un environnement stable et isolé. Les grands fonds marins offrent cette tranquillité, le protégeant des changements climatiques de surface et de l’extinction de masse qui a frappé les dinosaures.

Le défi ultime pour les biologistes

Puisque l’espèce ne peut pas être maintenue en captivité et qu’elle évolue dans des zones inaccessibles aux plongeurs classiques, chaque observation est précieuse. Étudier son comportement naturel est presque impossible. C’est pour cette raison que la reproduction des requins lutins est si difficile à documenter. Les chercheurs doivent se contenter d’analyser les rares femelles gestantes retrouvées échouées ou prises dans les filets pour tenter de percer le mystère de leur cycle de vie.