Le requin lutin face aux autres requins des abysses : Un profil unique

Le requin lutin (Mitsukurina owstoni) est souvent considéré comme l’animal le plus étrange de l’océan, mais il n’est pas le seul prédateur à hanter les grandes profondeurs. Pour bien comprendre ce qui le rend si spécial, il est intéressant de le comparer aux autres requins des abysses avec lesquels il partage cet environnement extrême et glacial.

Le requin lutin comparé aux autres requins des abysses comme le requin lézard.
Les profondeurs océaniques abritent plusieurs espèces de requins aux apparences préhistoriques.

Les voisins des profondeurs : Le requin lézard et le requin grand-gueule

Parmi ses « voisins », on compte le célèbre requin lézard (Chlamydoselachus anguineus), qui ressemble davantage à une anguille géante, et l’imposant requin grand-gueule (Megachasma pelagios).

Tout comme le requin lutin, ces espèces sont considérées comme des fossiles vivants. Les biologistes estiment d’ailleurs la biomasse de ces prédateurs sur des valeurs très basses, car les abysses n’offrent pas assez de ressources alimentaires pour soutenir de vastes populations. Les rencontres entre ces géants sont donc rarissimes.

Des techniques de chasse radicalement différentes

Si l’environnement est le même, l’évolution a doté ces requins d’armes bien distinctes. Le requin grand-gueule, avec sa mâchoire gigantesque, nage lentement la bouche ouverte pour filtrer le plancton et les petites méduses, un peu comme une baleine. Le requin lézard, quant à lui, bondit sur ses proies à la manière d’un serpent.

Le requin lutin se démarque par sa mâchoire protractile : elle est capable de se détacher littéralement de son crâne et de se projeter en avant en une fraction de seconde pour happer les poissons et les calmars avant qu’ils ne puissent s’enfuir.

La grande différence : un mystère biologique persistant

Si la science commence à lever le voile sur les habitudes de certaines espèces des grands fonds grâce au marquage satellitaire, le Mitsukurina owstoni reste une énigme absolue. Son rythme de vie semble être le plus lent de tous ses congénères. C’est ce qui explique pourquoi la reproduction des requins lutins est l’un des phénomènes marins les moins documentés au monde. Alors que l’on commence à comprendre le développement des embryons chez le requin lézard, le cycle de vie du lutin reste, à ce jour, un secret jalousement gardé par les abysses.